Enfants de Chine – Musée des Arts Asiatiques, Nice

Enfants de Chine, petits tigres et jeunes dragons, du 17 décembre 2011 au 14 mai 2012

Comme toujours au Musée des Arts Asiatiques de Nice, l’émerveillement et la qualité sont au rendez-vous !

Au fil des expositions présentées par le lieu, on se rend compte des efforts fournis : thèmes variés, grande quantité d’œuvres d’art, une scénographie toujours très soignée et inventive… L’architecture du bâtiment est en adéquation totale avec les collections du musée, et- cette ouverture sur le plan d’eau du Parc Phoenix est tout simplement une invitation au rêve et à la méditation ! Mais le lieu lui-même n’est qu’un complément de l’intérêt que présente ce musée. Outre la découverte de la culture et des coutumes des peuples d’Asie, chaque salle est pensée, la disposition de chaque objet est réfléchie afin de permettre de mieux saisir les us et coutumes.Les collections permanentes sont renouvelées, quantité et qualité dominent.

Bref, l’exposition proposée pour cet hiver est un pur régal pour les yeux et l’esprit. Cette plongée au cœur de l’enfance chinoise au fil des siècles est tout simplement réjouissante. On s’attarde à lire chaque panneau explicative (beau et ludique à la fois), à contempler le moindre petit chausson, les petites chaises, les pantalons fendus pour des raisons d’hygiène.

Le temps passe, il file et on aurait encore envie de rester plus longtemps, d’approfondir encore plus nos découvertes, afin de mieux saisir toutes les subtilités offertes à nos yeux. Assurément une exposition à ne pas manquer !!!

Enfants de Chine, petits tigres et jeunes dragons

Le thème de l’enfant est fort ancien dans l’art chinois. L’un des premiers témoignages parvenu jusqu’à nous date du IVe siècle avant notre ère. Tout au long de l’histoire de l’Empire du milieu, cette thématique évoque les codes et les valeurs accumulés par les différentes dynasties jusqu’à l’époque maoïste.

Cette exposition montre quelles approches sociales, morales et esthétiques liées à l’enfant s’expriment à travers les costumes,les objets de la vie quotidienne ou de cour, et qui font, depuis toujours, la splendeur de la Chine.

Des oeuvres patrimoniales du musée Guimet et des pièces populaires de la collection DAUTRESME évoquent les différentes étapes de la vie de l’enfant. De la naissance et au moins jusqu’à l’âge de sept ans, les enfants sont encadrés et protégés par de nombreux us et coutumes, comme le port de chapeaux ou de chaussures à l’image d’animaux protecteurs tel le tigre. Ce n’est qu’une fois l’âge de raison atteint que leurs vêtements et objets personnels les préparent à leurs futures vies d’adultes. Qu’il s’agisse de chapeaux ou de porte-plumes de lettrés pour les garçons, de rouets et de fuseaux pour les filles, ou de robes dragons pour le futur empereur, ces objets étaient censés permettre aux jeunes gens de perpétuer l’héritage de leurs parents.

Enfin, la place de l’enfant sous MAO aborde les thèmes de la propagande, et redéfinit sa place dans la Chine contemporaine qui, par la politique de l’enfant unique, en fait pour chaque famille un "petit empereur".

Tigres et dragons
Dans l’imaginaire populaire chinois, le tigre est un animal féroce et courageux, doté du pouvoir de protéger l’enfant des esprits mal intentionnés. C’est pourquoi on habillait les tout-petits de chapeaux, de collerettes et de chaussons aux motifs de ce félin, donnant de lui l’image d’un petit tigre.
Quant au dragon, il est l’emblème de la famille impériale, réservé dès leur plus jeune âge aux enfants de l’élite, les jeunes dragons. Cette créature fantastique symbolise, depuis les temps les plus reculés, les puissances cosmiques, les forces bienfaitrices de la nature – comme la pluie-, les vertus nécessaires au bon gouvernement – comme la sagesse-,  ainsi que la force masculine. Le dragon fait partie des mythes fondateurs de la civilisation chinoise et a été adopté comme symbole par les empereurs.
Leurs costumes de cérémonie, ainsi que ceux de leurs dignitaires, tout comme les murs des palais, étaient abondamment décorés de cet emblème. À certaines époques, les vêtements ornés d’un dragon étaient un privilège strictement impérial, celui qui l’usait sans autorisation expresse risquant la mort.

La vie quotidienne
La vie quotidienne est abordée au travers d’un ensemble d’objets : vêtements, mobilier, accessoires, dessins, affiches… qui traduisent l’univers magique et singulier de l’enfance. Mais on s’aperçoit bien vite que nombre de ces objets expriment des codes bien spécifiques, riches en emblèmes de toutes sortes et qui ont pour vertu essentielle de conjurer les forces maléfiques qui pourraient nuire à l’enfant. En effet, en Chine, peut-être plus encore que dans d’autres pays, l’enfant, et particulièrement le garçon, est au centre de la société. Plus qu’un individu, il est considéré comme une véritable richesse, l’image de l’avenir, l’héritier du clan familial, qui doit permettre à ses parents et à ses ancêtres de connaître l’éternité à travers la permanence de la transmission ancestrale. On comprend alors mieux pourquoi, étant donné la très forte mortalité infantile qui sévit longtemps en Chine, il était l’objet de toutes les sollicitudes, et à quel point il importait d’assurer sa protection et sa survie par tous les moyens à la disposition de ses proches.
Cette attention particulière portée aux enfants connaît évidemment des échos au sein des religions traditionnelles de la Chine.  Les « trois grands enseignements », confucianisme, bouddhisme et taoïste, ont développé des pratiques et une iconographie intimement liées au thème de l’enfance, en particulier avec l’apparition de divinités protectrices et donneuses d’enfants comme Guanyin, Budaï, Bixia, on encore les sept Immortels.

Les fêtes et les jeux

L’exposition ne pouvait se contenter d’évoquer ces deux mondes de l’enfance, celui de la Chine populaire et celui de la Chine des élites, uniquement au travers du mobilier de puériculture, des costumes, des accessoires ou encore des objets de superstition et de culte. Pour parler de l’enfance, il nous fallait également évoquer l’univers plus joyeux des jeux et des fêtes. Ainsi, cerfs-volants, théâtre d’ombres, fête du nouvel an, fête des lanternes, font référence à ces amusements et aux passe-temps prisés par les jeunes Chinois des villes et des campagnes. La pratique de certains jeux était aussi encouragée auprès des enfants de l’élite, car censée développer à la fois la dextérité et l’imagination. Le jeu de go leur était souvent réservé, car les pièces étaient chères, et l’apprentissage, complexe, exigeant les cours d’un « maître de go ». Moins coûteux, le Mah-jong et les combats de grillons étaient plus largement répandus dans la société. Les grillons étaient très appréciés des enfants, qui les conservaient dans des petites boîtes en porcelaine ajourées et décorées de scènes joyeuses, ou dans des cages de bambou ou de bois, dorées ou argentés pour les plus riches. Par ailleurs, l’instruction des enfants de lettrés et de fonctionnaires était très sévère et se faisait dans l’observance stricte des principes confucéens, cette sévérité s’expliquant par la nécessité de réussir les examens impériaux afin de ne pas attirer la honte sur le clan familial par un échec, et donc un déclassement social. Les cours tournaient autour de l’apprentissage de la calligraphie, considérée en Chine comme un art majeur.

 L’univers des petites filles est plus particulièrement abordé dans l’exposition par la présentation de chaussures pour petits-pieds. La pratique singulière et très douloureuse du bandage des pieds débutait dès l’enfance. Elle concernait toutes les fillettes Han, bien qu’apparue à l’origine chez les femmes de l’élite, au cours du XIe siècle. Elle se répandit ensuite dans toutes classes sociales car posséder des petits pieds était devenu pour les plus modestes un moyen de conclure un bon mariage.

La période Maoïste et la politique de l’enfant unique

 La dernière partie de l’exposition est consacrée à l’enfant pendant la période maoïste, avec la présentation de jouets, d’accessoires scolaires, de livres et de cahiers pour l’apprentissage, d’objets à l’effigie de Mao ainsi que d’affiches de propagande sur le thème de l’enfance.

 Enfin, cette présentation ne peut se terminer sans souligner l’évolution contemporaine de la société chinoise quant à ses enfants, conséquence des politiques de natalité. En effet, afin de limiter la croissance naturelle de la population, qui atteignait une ampleur plus qu’alarmante, les autorités chinoises ont mis en place, en 1979, la politique de l’enfant unique.

Musée des Arts Asiatiques – site officiel

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